Une histoire de la répression des antifascistes

Dès sa création, le jour du 4 novembre, la nouvelle fête nationale, appelée fête de l’unité du peuple qui a remplacé une autre fête nationale supprimée, celle du 7 novembre (la célébration de la révolution bolchévique de 1917), a été utilisée par les nationalistes comme journée de mobilisation.

En 2005, la Marche russe a eu lieu sur la place située derrière le théâtre Alexandrinski et a rassemblé entre 200 et 300 personnes issues des divers mouvements nationalistes, guidés par le leader du Parti Svoboda (Liberté), Youri Belaïev. Quinze antifascistes du mouvement Punk Renaissance ont fait une contre-action en déployant une énorme banderole : « Le nationalisme à la décharge publique ». Peu de temps après, tous les participants antifas ont été arrêtés.

En 2006, l’administration de la ville a formellement interdit la conduite de la Marche russe, mais elle a eu lieu de fait : partie de la salle de concert « Oktyabrski », elle s’est engagée dans la Perspective Nevski. La colonne a avancé sous les bannières impériales, scandant des slogans xénophobes jusqu’au coin de Litienny Prospekt, où elle fut stoppée par un barrage de 50 antifascistes. Une bagarre a commencé, et ne s’est arrêtée qu’avec l’intervention des OMON (équivalent des CRS) qui ont embarqué tout le monde, à droite comme à gauche.

L’année 2007 a été marquée par une nouvelle mais courte marche vers les jardins Tchernitchevski. Les antifas ont préparé plusieurs actions parallèles : tout le parcours avait été préalablement couvert de graffitis ; pendant la marche, les nationalistes ont été attaqués par des bombes de peinture et à l’arrivée, une banderole de 5 mètres intitulée « Mort au fascisme » a été déployée. Tous les participants de la contre-action se sont retrouvés à l’antenne de police n° 76.

En 2008, il n’y a pas eu d’action publique contre les Marches russes. Les nazis se sont mêlés à une foire sur la place Sennaya et ont ensuite marché sans drapeaux ni slogans jusqu’à la cathédrale de Kazan. Il n’y a donc pas eu de contre-action publique, mais plusieurs affrontements physiques entre nazis et antifas. Au cours de l’un d’entre eux, qui a eu lieu près de Apraksin Dvor, où se trouve un magazin qui vend de la bimbeloterie néonazie, un des nationalistes a été blessé. Une enquête criminelle a été ouverte, qui a retenu parmi les suspects le nom de Renat Sultanov. Cependant, sans preuve formelle, il n’a pas été placé sous le coup d’un mandat d’arrêt fédéral et a pu continuer à vivre et travailler légalement à Saint-Pétersbourg.

Il a été arrêté exactement deux ans après les faits, le 4 novembre 2010, dans l’appartement de l’un de ses amis, et accusé de crime prévu par l’article 111 du code pénal : dommages corporels prémédités particulièrement graves. Renat se trouve actuellement en prison ; une enquête pénale est en cours. Un bon avocat de confiance a été engagé pour défendre ses intérêts, et sa mère a rejoint Saint-Pétersbourg pour organiser sa défense. Cependant, cette famille vient de la province profonde et très lointaine, et ne dispose pas des moyens nécessaires, car les frais de défense coûtent très cher. Ses amis organisent doncune collecte de fonds.