Les groupes les plus importants numériquement s’appellent Schultz 88 et Mad Crowd. Il existe également d’autres groupes qui sont autant de cellules autonomes, capables éventuellement de se mobiliser en cas de besoin, mais relativement peu liés le reste du temps. Schultz 88 et Mad Crowd sont deux groupes parallèles sur lesquels la police russe enquête depuis maintenant un an : à force d’infiltrations, tout ce qui se passe au sein de ces groupes est relativement bien connu de la police, sans pour autant qu’il y ait eu tellement d’arrestations dans cette mouvance. Schultz 88 a fait l’objet d’une enquête menée par Nikolaï Guirenko, qui est allée jusqu’au procès. Quant à Mad Crowd, qui s’affirme anti-mondialiste (contrairement à Schultz 88), nombre de ses membres ont été arrêtés dans le courant de l’année dernière dans le cadre de l’enquête sur les meurtres racistes, et une deuxième vague d’arrestations (cinq personnes et Dimitri Borovikov, tué lors de son arrestation) vient d’avoir lieu, qui leur impute également les meurtres de Samba Lanpsar et de Nikolaï Guirenko. Borovikov gravitait également autour de Schultz 88. Quant aux néo-nazis arrêtés pour le meurtre de Timur Karachava, ils font partie d’autres groupuscules skinheads.
Les institutions russes ont donné un sérieux coup d’accélérateur aux enquêtes menées sur les différents meurtres racistes commis ces derniers temps, principalement à Moscou et Saint-Pétersbourg (cf. No Pasaran ! n°49, mai 2006) : on a ainsi assisté à la fin du mois de mai à une série d’arrestations dans les milieux skinheads néo-nazis, après lesquelles aussi bien la police que le gouvernement de la ville de Saint-Pétersbourg se sont empressé de déclarer que tous les meurtres à caractère raciste étaient résolus, la situation apaisée dans les rues de Saint-Pétersbourg, et la ville prête à accueillir le G8 puisque libérée des anti-mondialistes.
Durant le mois de mai, les informations relatives à la situation de terreur dans laquelle se trouvent non seulement les militants antiracistes et antifascistes russes mais aussi et surtout les immigrés ou résidents d’origine étrangère du pays a eu un certain écho dans la presse internationale (AFP, Libération et Le Monde pour la France) et chez les ONG (FIDH, Amnesty International, OMCT,…) : face à cette (relative) pression internationale et dans la perspective de la tenue du G8 en juillet à Saint-Pétersbourg, le gouverneur de la ville, madame Matvienko, a eu à cœur d’afficher des résultats et a même été jusqu’à faire le lien entre les résultats de l’enquête et le sommet à venir, mettant en avant les mots d’ordre anti-mondialisation du groupuscule néo-nazi démantelé pour l’occasion : « Derrière [les attaques racistes], il y a des montreurs de marionnettes qui ont voulu discréditer la ville à la veille du sommet. » [1] Citée par l’AFP, 24 mai 2006.
Article paru dans No Pasaran n°50 – été 2006