* Le RASH (Red and Anarchist SkinHeads) de Moscou est une organisation antifasciste de jeunesse.
Les événements du 11 décembre à la place du Manège ont montré à quel degré le mouvement de droite des supporters de football à Moscou est pourri et « bon à rien ». Nous ne sommes pas du tout surpris par le cynisme avec lequel une foule composée de 3000 jeunes « hooligans » de banlieue, de vieux alcooliques « hitlerophiles » et d’enfants habillés selon la dernière mode en « Air Max », faisait des salutations « Sieg Heil » à côté des murs du Kremlin, du monument d’Alexandre Joukov et de la flamme éternelle. Nous ne sommes pas surpris non plus que les services de l’ordre aient réagi loyalement à cette action et aient donné la possibilité aux « fans » de se défouler.

Chacun a compris que de petits détachements de la police anti-émeute ainsi que les patrouilles n’étaient pas en mesure d’empêcher ces fous de faire quoi que ce soit. Bien que cet événement ait été annoncé ouvertement sur Internet, on avait l’impression que, pour les organes du Ministère de l’intérieur, ce fut une surprise de voir tant de gens n’étant pas en deuil. On aurait pu s’attendre à ce qu’il y ait une «émeute», comme cela avait été le cas en 2002 à la place du Manège lorsque les supporters de foot y avaient organisé des « pogroms ». Cependant, toute cette euphorie de la droite au sujet de leur soi-disant très proche victoire n’est qu’une spéculation. En fait, ils essaient de faire passer leurs rêves pour la réalité.
Les membres du RASH – Moscou sont venus exprès à cette action afin de voir son déroulement. Nous avons vu que la réalité est complètement différente de l’image créée par des blogueurs de droite sur internet. D’aucune manière, il ne s’agit de la très proche victoire de la droite. Il n’y a même aucun signe de sa montée en puissance ! Ce sont surtout des « combattants » alcoolisés de la droite qui ont participé à cette bagarre ; d’ailleurs, ils ont même réussi à se battre entre eux. Il n’y a aucune solidarité ni fraternité entre eux. Il n’est pas étonnant qu’une centaine de policiers anti-émeute (OMON) aient facilement maintenu en ordre une foule de 3000 « fans ». Seulement une soixantaine de personnes se sont vraiment bagarrées (bien que ce soit difficile d’appeler cela « bagarre »).
Habitués à de graves affrontements avec les forces de l’ordre lors nos actions, nous pouvons dire que les OMON ont agit de façon spéciale ce qui a permis, une fois de plus, de justifier l’abrogation de l’article 31 de la Constitution (NdT, article garantissant la liberté de réunion, de cortège et des rassemblements). Cela devrait également justifier la «répression» à l’égard des fans de football vers 2018 !
Mardi 14 décembre, le Mouvement contre une Immigration Illégale (DPNI), une organisation d’extrême droite, a appelé les Russes à «ne pas sortir dans la rue sans moyens d’autodéfense légaux» mercredi à Moscou, au prétexte que des appels à manifester émanant de personnes originaires du Caucase circulent sur internet depuis les violences racistes du 11 décembre. Toujours avec la même volonté de créer un climat de terreur et de tensions raciales, le DPNI demande «aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées russes à ne pas sortir de leurs appartements». Rappelons que, lors de la manifestation du 11 décembre, ce sont des personnes originaires du Caucase qui ont été tabassées, tandis que les manifestants scandaient des slogans racistes… Lundi soir, la police russe avait verrouillé le centre de la capitale russe, dont la place Rouge, à la suite de rumeurs de possibles affrontements entre jeunes d’extrême droite et Caucasiens.
D’après AFP
Une manifestation organisée le 11 décembre à la mémoire d’Egor Sviridov, un supporter du Spartak de Moscou tué lors d’une rixe contre des jeunes originaires du Caucase début décembre, a tourné en véritable pogrom néonazi sur la Place du Manège, près du Kremlin, et dans la station de métro Okhotny Ryad. Six milles personnes issues du milieu des supporters et proches de l’extrême droite s’étaient rassemblées dès le matin en scandant des slogans ultranationalistes, allumant des feux et des fumigènes. Ils se sont ensuite mis à traquer sauvagement les « non Slaves », rapporte Vedomosti. Des affrontements ont eu lieu contre les forces de l’ordre. Soixante-six personnes ont été arrêtées. Selon Gazeta.ru, les « nationalistes » ont poursuivi leur descente dans la capitale, mais aussi dans plusieurs autres villes. « Après le pogrom, ils sont passés à des assassinats de rue », note le quotidien en ligne russe à propos de la mort d’une personne d’origine kirghize.
Source : Courrier International
Dépêche de l’AFP sur le sujet :
De Antoine LAMBROSCHINI (AFP) – Il y a 20 heures
MOSCOU — Les milliers de fans de foot qui ont manifesté avec violence face au Kremlin samedi en scandant « La Russie aux Russes » ont montré le visage d’une Russie xénophobe, loin de l’image de modernité que les autorités cherchent à cultiver en vue de la Coupe du monde de 2018.
Les événements survenus samedi sont rien moins que des « pogroms », a déclaré lundi le président Dmitri Medvedev. « Les actes visant à attiser la haine raciale, nationale ou religieuse sont particulièrement dangereux, ils menacent la stabilité de l’Etat », a-t-il ajouté.
La presse russe faisait pour sa part le constat d’une xénophobie croissante.
« Nazisme sous les murs du Kremlin », titrait le quotidien d’opposition Novye Izvestia, tandis que le journal économique Vedomosti relevaient que les autorités payaient le prix d’une inaction voulue ou non sur ce terrain.
« La sous-culture des fans (de foot) est par nature xénophobe. Et il faut se pencher sérieusement sur ce problème, mais ni les autorités du football ni les forces de l’ordre ne veulent le faire », poursuivait Vedomosti.
Alors que la police a l’habitude de déployer des centaines d’agents avant chaque rassemblement d’opposition, elle n’avait prévu samedi qu’un service de sécurité minimum pour faire face à des milliers de hooligans et militants d’extrême droite convergeant vers le centre de Moscou. Ceux-ci ont attaqué les policiers et agressé les passants à « l’apparence non slave », selon l’expression locale, dans des heurts qui ont fait au total une quarantaine de blessés.
Le rassemblement visait à l’origine à rendre hommage à Egor Sviridov, un fan russe du Spartak Moscou, tué le 6 décembre lors d’une rixe avec des jeunes originaires du Caucase, région majoritairement musulmane du Sud de la Russie. Le lendemain, un ressortissant du Kirghizstan, une ex-république soviétique d’Asie centrale, a été tué par une quinzaine de jeunes qui l’ont battu avant de l’achever d’un coup de couteau.
Samedi, malgré les saluts nazis et les slogans racistes lancés par la foule, le ministre de l’Intérieur Rachid Nourgaliev a préféré accuser « les jeunesses radicales de gauche », dont des membres étaient selon lui infiltrés dans la manifestation pour provoquer les violences. L’extrême gauche est généralement perçue comme étant dans l’opposition au pouvoir, alors que plusieurs partis nationalistes soutiennent le Kremlin.
De nouvelles manifestations seraient désormais en préparation, des médias annonçant que l’extrême droite d’une part et des Caucasiens d’autre part, prévoyaient de se rassembler mercredi. Les thèses racistes ne cessent de gagner du terrain dans la Russie post-soviétique, embourbée dans un conflit dans le Caucase depuis plus d’une décennie.
La devise soviétique « l’amitié entre les peuples » a ainsi laissé place à la « Russie aux Russes », une idée soutenue par 54% des Russes, selon un sondage de novembre 2009 de l’institut indépendant Levada. « Les sentiments xénophobes sont en pleine croissance et les activités des radicaux aussi », constate Alexandre Verkhovski, directeur de SOVA, une ONG spécialisée dans l’étude du racisme.
Cette tendance soulève dès lors la question de l’accueil qui sera réservé aux supporters étrangers lors de la Coupe du monde de 2018 dont l’organisation vient d’être confiée à la Russie. Elle entre aussi en conflit avec le besoin d’immigrés pour faire face à une grave crise démographique dans le pays, qui perd un million d’actifs par an.
« Nous n’avons pas besoin de bavardages du type +La Russie a-t-elle besoin ou non d’immigrés+. On a besoin d’eux comme on a besoin d’air! », a lancé récemment le directeur du Service fédéral des migrations (FMS), Konstantin Romodanovski.
Une histoire de la répression des antifascistes
Dès sa création, le jour du 4 novembre, la nouvelle fête nationale, appelée fête de l’unité du peuple qui a remplacé une autre fête nationale supprimée, celle du 7 novembre (la célébration de la révolution bolchévique de 1917), a été utilisée par les nationalistes comme journée de mobilisation.
En 2005, la Marche russe a eu lieu sur la place située derrière le théâtre Alexandrinski et a rassemblé entre 200 et 300 personnes issues des divers mouvements nationalistes, guidés par le leader du Parti Svoboda (Liberté), Youri Belaïev. Quinze antifascistes du mouvement Punk Renaissance ont fait une contre-action en déployant une énorme banderole : « Le nationalisme à la décharge publique ». Peu de temps après, tous les participants antifas ont été arrêtés.
En 2006, l’administration de la ville a formellement interdit la conduite de la Marche russe, mais elle a eu lieu de fait : partie de la salle de concert « Oktyabrski », elle s’est engagée dans la Perspective Nevski. La colonne a avancé sous les bannières impériales, scandant des slogans xénophobes jusqu’au coin de Litienny Prospekt, où elle fut stoppée par un barrage de 50 antifascistes. Une bagarre a commencé, et ne s’est arrêtée qu’avec l’intervention des OMON (équivalent des CRS) qui ont embarqué tout le monde, à droite comme à gauche.
L’année 2007 a été marquée par une nouvelle mais courte marche vers les jardins Tchernitchevski. Les antifas ont préparé plusieurs actions parallèles : tout le parcours avait été préalablement couvert de graffitis ; pendant la marche, les nationalistes ont été attaqués par des bombes de peinture et à l’arrivée, une banderole de 5 mètres intitulée « Mort au fascisme » a été déployée. Tous les participants de la contre-action se sont retrouvés à l’antenne de police n° 76.
En 2008, il n’y a pas eu d’action publique contre les Marches russes. Les nazis se sont mêlés à une foire sur la place Sennaya et ont ensuite marché sans drapeaux ni slogans jusqu’à la cathédrale de Kazan. Il n’y a donc pas eu de contre-action publique, mais plusieurs affrontements physiques entre nazis et antifas. Au cours de l’un d’entre eux, qui a eu lieu près de Apraksin Dvor, où se trouve un magazin qui vend de la bimbeloterie néonazie, un des nationalistes a été blessé. Une enquête criminelle a été ouverte, qui a retenu parmi les suspects le nom de Renat Sultanov. Cependant, sans preuve formelle, il n’a pas été placé sous le coup d’un mandat d’arrêt fédéral et a pu continuer à vivre et travailler légalement à Saint-Pétersbourg.
Il a été arrêté exactement deux ans après les faits, le 4 novembre 2010, dans l’appartement de l’un de ses amis, et accusé de crime prévu par l’article 111 du code pénal : dommages corporels prémédités particulièrement graves. Renat se trouve actuellement en prison ; une enquête pénale est en cours. Un bon avocat de confiance a été engagé pour défendre ses intérêts, et sa mère a rejoint Saint-Pétersbourg pour organiser sa défense. Cependant, cette famille vient de la province profonde et très lointaine, et ne dispose pas des moyens nécessaires, car les frais de défense coûtent très cher. Ses amis organisent doncune collecte de fonds.
Bilan général
Pour la deuxième année consécutive, on constate une baisse du nombre des victimes de la violence raciste. Mais à nouveau, cette tendance est pour l’essentiel due à la baisse du nombre de victimes à Moscou, ainsi qu’à Saint-Pétersbourg, car pour les autres villes, la situation semble inchangée. Le terrorisme anti-étatique continue à se développer. La xénophobie violente au sein de la population est aussi en hausse, portée par un sentiment anti-Caucasien et islamophobe enraciné dans les esprits (comme on a pu le voir après les actes terroristes dans le métro de Moscou le 29 mars 2010), ainsi que l’intolérance de l’État (cf. la campagne contre les Témoins de Jéhovah).
Les activités publiques des groupes d’extrême droite ont été réduites au minimum : ils leur est nécessaire de rappeler leur existence aux sympathisants non-adhérents, et de faire la preuve de leur vitalité : toutes les organisations d’extrême droite d’une certaine importance sont en effet mis sous pression par les autorités policières et judiciaires. Ne pouvant initier des événements publics, ces groupes radicaux se concentrent sur « l’activité idéologique » : plusieurs documents sur les stratégies et les tactiques nécessaires pour se développer et lutter contre l’État ont été produites, en particulier au printemps 2010.
L’extrême droite radicale a utilisé les campagnes électorales pour défendre l’idée de mettre en place une enclave nationaliste, un district dirigé « pour les Russes seulement », et régulièrement, elle a profité des faits divers pour tenter de provoquer des conflits inter-ethniques, comme cela c’était passé à Kondopoga (en Carélie) en septembre 2006, où une simple bagarre dans un bar avait fini en émeutes racistes durant plusieurs jours.
Au cours de ces six derniers mois, le nombre de poursuites judiciaires pour violence raciste a augmenté, bien qu’on constate dans le même temps une tendance dans certaines régions à minimiser les peines pour ce genre de crimes. Quoiqu’il en soit, ces efforts antiracistes de la part de l’État sont inefficaces. En ce qui concerne les efforts législatifs pour lutter contre la xénophobie, l’événement le plus marquant en ce début 2010 a été la résolution prise lors de la réunion plénière de la Cour suprême de Justice de la Fédération de Russie pour protéger les médias contre les poursuites « anti-extrémistes » non-fondées, une pratique récurrente de la part de l’État pour contrôler l’information ces dernières années.
Source : centre SOVA
Dans l’émission culturelle « Horizons lointains », programmé lundi 26 avril 2010 sur Arte et consacré au milieu littéraire russe, l’égocentrique présentateur Patrick Poivre d’Arvor (par ailleurs producteur de l’émission) donne longuement la réplique à deux membres du Parti National-Bolchévique (NBP), un parti d’extrême droite russe qui se donne aussi de forts accents gauchistes et radicaux.
Il donne d’abord la parole à Zakhar Prilepine, écrivain, certes talentueux, mais aussi dirigeant de l’antenne régionale du NBP de Nijni Novgorod, sans rien dire de la nature et de l’histoire de ce parti ; mais surtout, PPDA s’entretient en tête à tête avec son chef historique, Édouard Limonov, qu’il présente comme un « grand auteur certes paradoxal, provocateur », un « inclassable [qui] mérite vraiment le détour ».
L’ex-présentateur du JT présente Limonov comme l’un des plus farouches défenseurs des libertés individuelles en Russie, et comme le principal opposant au régime autoritaire de Poutine. Et c’est vrai que vu la situation en Russie, en l’absence d’une opposition autre que libérale, qui n’attire pas beaucoup de jeunes, le NBP joue effectivement ce rôle d’opposition radicale, aux actions spectaculaires et se retrouve de ce fait en butte à la répression… Mais cela ne doit pas faire oublier la vraie nature de leur idéologie. Leurs slogans (« Staline Béria Goulag » et « valise, Gare Caucase ») résument leur politique migratoire et démocratique, et le projet politique du NBP est bien celui d’un État totalitaire qui n’a rien à envier au système Poutine. Aveuglé par son anti-communisme primaire, PPDA est chiffonné par le fait que Limonov se revendique « bolchévique », mais ne dit pas un mot de ce que cache réellement le discours « anti-système » des nationaux-bolchéviques, ni ne rappelle le parcours récent de Limonov, qui a beau jeu aujourd’hui de se présenter à qui veut l’entendre comme un « modéré ».
Pourtant, au détour du reportage, un cadreur ou un monteur taquin a laissé passer une photo (sans qu’aucun commentaire ne vienne l’agrémenter) au domicile de Limonov, le montrant en compagnie de Radovan Karadzic, l’ancien chef politique des Serbes de Bosnie, accusé de génocide par le tribunal pour l’ex-Yougoslavie et dont le procès se déroule actuellement… Une habitude chez Limonov, qui aime la provocation et qui s’est retrouvé très souvent aux côtés de tous les épurateurs ethniques possibles les armes à la main,de la Bosnie à l’Abkhazie en passant par la Transdnistrie moldave.
Il est navrant de voir, en France, l’aveuglement dont bénéficie parfois le NPB et ses membres, au seul titre qu’ils ne rentrent pas parfaitement dans les petites cases « extrême droite » telles qu’elles sont pensées en Occident et que la Russie manque -hélas- d’une opposition plus fréquentable. Affaire à suivre…
Edouard Tchouvachov, un juge haut placé du tribunal municipal de Moscou, a été tué lundi matin par balle en sortant de chez lui, dans le centre de la capitale russe, indiquent les services de sécurité. « A l’entrée de l’immeuble situé au 24 rue Strelbichtchenski, un inconnu a tiré sur M. Tchouvachov et a fui », a déclaré cette source. « Plusieurs versions du meurtre sont à l’étude, la principale est liée à son activité professionnelle », a-t-elle ajouté. Edouard Tchouvachov faisait partie du collège chargé des affaires pénales au tribunal de Moscou, et avait présidé le procès d’un groupe de skinheads appelé Les Loups blancs.
D’après LE MONDE.FR avec AFP
Les 3-4 novembre 2009, deux militants néonazis ont été arrêtés dans le cadre de l’enquête menée sur le double assassinat de Stanislav Markelov et de Anastasia Babourova. Les deux prévenus, Nikita Tikhonov et Ievguenia Khasis, ont été depuis placés en détention préventive après les premières auditions au tribunal.
Tikhonov est un intellectuel chez les néonazis : il y a une dizaine d’années, il avait lancé avec Ilia Goryachev le magazine Russkiy Obraz, la Voie russe, dont le nom renvoie également à l’organisation serbe nationaliste éponyme. Depuis lors, Russkiy Obraz n’a cessé de gagner en influence, devenant l’un des projets de l’extrême droite russe le plus prometteur : certes, son tirage n’est pas énorme (500 exemplaires), mais il a de l’influence, en particulier parmi les fans du groupe de musique néonazie Kolovrat. Par delà cette scène radicale, Russkiy Obraz, qui est devenu un groupe politique, a également noué des liens avec des personnalités d’influence, comme Maxim Mischchenko du parti Russie unie (le parti de Medvedev), et avec son organisation de jeunesse, Jeune Russie, qui a été attaquée dans la nuit du 25 novembre, après la mort d’Ivan Khutorskoï.
Mais revenons à Tikhonov. Comment se fait-il qu’il ait disparu un long moment alors qu’il avait devant lui une carrière si prometteuse d’intellectuel néonazi ? Pour mieux comprendre, il faut revenir trois ans en arrière, au 16 avril 2006. Ce jour-là, Alexander Ryuhin a été poignardé alors qu’il se rendait à un concert de hardcore antifa. Quelques mois plus tard, de jeunes néo-nazis étaient arrêtés et avouaient, mais le meurtrier, un certain « Alexander Parnov » avait déjà opté pour la clandestinité. La police s’en serait bien contentée, mais à cause de Stanislav Markelov, la police a dû faire rechercher Parnov et Tikhonov, qui était l’un des commanditaires de cet assassinat.
Quoi qu’ait prévu Tikhonov, qu’il ait planifié ou pas le meurtre d’Alexander Ryuhin, il s’est trouvé forcé de disparaître, à la fois à cause des recherches de la police, mais surtout du fait de l’opiniâtreté de Stanislav Markelov. Pendant ces trois années de clandestinité, Tikhonov et Khasis ont continué leurs activités : ils avaient acheté des armes à feu et détenaient 17 000 dollars, et Khasis assistait aux procès des bandes de fachos et écrivait des compte rendus pour l’organisation Verdict russe, sorte d’organisation néonazie de « défense des droits de l’homme ». Et la police russe n’a pas mis beaucoup d’entrain à les débusquer.
Extrait de No Pasaran #77, hiver 2009-2010
Ces démonstrations de force de l’extrême droite russe ont lieu tous les ans au mois de novembre. Auparavant, c’était la révolution de 1917 qui était commémorée le 7 novembre de chaque année par les communistes mais aussi le NBP, mais depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir, cette commémoration a fait place au « Jour de l’Unité nationale », fêté le 4 novembre, en référence au 4 novembre 1612, jour de la libération du Kremlin occupé par les Polonais et début de l’ère des Romanov. Et de ce fait, les nationalistes et xénophobes de tous poils se rassemblent à cette date-là dans les grandes villes russes.
Le 4 novembre 2005, la Marche russe avait rassemblé des nationalistes sans complexes, s’affichant avec des symboles nazis, et dont certains scandaient alternativement « La Russie aux Russes ! » et « Sieg Heil ! » en allemand. Internationalement, la Marche russe a été perçue comme un choc.
L’année suivante, les manifestants étaient moins nombreux, plus encadrés par les flics, qui empêchaient les fafs, mais aussi les antifas de se rassembler.
En 2007, les manifestations d’extrême droite étaient interdites dans toutes les grandes villes, et plusieurs milliers de fafs s’étaient risqués à manifester, accompagnés par plusieurs milliers de flics anti-émeute, les Omon. Ils étaient ainsi 2000 à Moscou.
Pour cette année, il y a d’ores et déjà eu un appel, qui va dans le sens non plus d’une confrontation avec le pouvoir en place, mais dans celui d’un combat, main dans la main avec le pouvoir, contre une « cinquième colonne » russophobe qui veut l’invasion de la Russie par les immigrés.
Extrait de la brochure Antifascistes en Russie Aujourd’hui
Deux acteurs politiques jouent le rôle d’idéologues du racisme. Il s’agit d’Alexander Prokhanov et d’Alexandre Douguine. En tant qu’idéologues de la Nouvelle Droite russe, susceptibles d’exercer une influence politique et médiatique considérable (Douguine a été quelques temps dans le cercle des conseillers proches de Poutine), ils voient dans « l’intégration des races » un mal irréparable, qui conduirait à la décadence et à l’ethnocide, et ils prônent « l’ethnopluralisme ».
Il existe des influences nettement plus anciennes dans l’idéologie raciste, qui renvoient à l’époque pré-révolutionnaire des tsars, où ce qu’on appellerait aujourd’hui l’extrême droite était puissante, organisée dans les Cents Noirs. Ces derniers étaient constitués, à l’apogée de leur influence d’environ 3000 groupes régionaux, qui bénéficiaient de la protection du tsar Alexandre II et furent responsables entre autres choses, des pogroms antisémites de 1905 et 1906. Ils se conformaient scrupuleusement à la doctrine tsariste de l’orthodoxie, de l’autocratie et du peuple (narodnost en russe, au sens allemand de Volkstum, völkisch)
De nombreux émigrants et dissidents se sont réclamés après 1917 de certaines idées de l’idéologie ultra-conservatrice, et ils ont tenté, sur cette base, couplée à une direction néolibérale d’un point de vue économique, de combattre le communisme. Soljenitsyne déplorait ainsi la « décadence morale » du peuple russe et critiquait la décadence intellectuelle.
Extrait de la brochure Antifascistes en Russie Aujourd’hui



