Une histoire de la répression des antifascistes

Dès sa création, le jour du 4 novembre, la nouvelle fête nationale, appelée fête de l’unité du peuple qui a remplacé une autre fête nationale supprimée, celle du 7 novembre (la célébration de la révolution bolchévique de 1917), a été utilisée par les nationalistes comme journée de mobilisation.

En 2005, la Marche russe a eu lieu sur la place située derrière le théâtre Alexandrinski et a rassemblé entre 200 et 300 personnes issues des divers mouvements nationalistes, guidés par le leader du Parti Svoboda (Liberté), Youri Belaïev. Quinze antifascistes du mouvement Punk Renaissance ont fait une contre-action en déployant une énorme banderole : « Le nationalisme à la décharge publique ». Peu de temps après, tous les participants antifas ont été arrêtés.

En 2006, l’administration de la ville a formellement interdit la conduite de la Marche russe, mais elle a eu lieu de fait : partie de la salle de concert « Oktyabrski », elle s’est engagée dans la Perspective Nevski. La colonne a avancé sous les bannières impériales, scandant des slogans xénophobes jusqu’au coin de Litienny Prospekt, où elle fut stoppée par un barrage de 50 antifascistes. Une bagarre a commencé, et ne s’est arrêtée qu’avec l’intervention des OMON (équivalent des CRS) qui ont embarqué tout le monde, à droite comme à gauche.

L’année 2007 a été marquée par une nouvelle mais courte marche vers les jardins Tchernitchevski. Les antifas ont préparé plusieurs actions parallèles : tout le parcours avait été préalablement couvert de graffitis ; pendant la marche, les nationalistes ont été attaqués par des bombes de peinture et à l’arrivée, une banderole de 5 mètres intitulée « Mort au fascisme » a été déployée. Tous les participants de la contre-action se sont retrouvés à l’antenne de police n° 76.

En 2008, il n’y a pas eu d’action publique contre les Marches russes. Les nazis se sont mêlés à une foire sur la place Sennaya et ont ensuite marché sans drapeaux ni slogans jusqu’à la cathédrale de Kazan. Il n’y a donc pas eu de contre-action publique, mais plusieurs affrontements physiques entre nazis et antifas. Au cours de l’un d’entre eux, qui a eu lieu près de Apraksin Dvor, où se trouve un magazin qui vend de la bimbeloterie néonazie, un des nationalistes a été blessé. Une enquête criminelle a été ouverte, qui a retenu parmi les suspects le nom de Renat Sultanov. Cependant, sans preuve formelle, il n’a pas été placé sous le coup d’un mandat d’arrêt fédéral et a pu continuer à vivre et travailler légalement à Saint-Pétersbourg.

Il a été arrêté exactement deux ans après les faits, le 4 novembre 2010, dans l’appartement de l’un de ses amis, et accusé de crime prévu par l’article 111 du code pénal : dommages corporels prémédités particulièrement graves. Renat se trouve actuellement en prison ; une enquête pénale est en cours. Un bon avocat de confiance a été engagé pour défendre ses intérêts, et sa mère a rejoint Saint-Pétersbourg pour organiser sa défense. Cependant, cette famille vient de la province profonde et très lointaine, et ne dispose pas des moyens nécessaires, car les frais de défense coûtent très cher. Ses amis organisent doncune collecte de fonds.

Une perquisition et une arrestation particulièrement violentes à mettre sur le compte du Centre E

Philippe Kostyenko, antifasciste pétersbourgeois, habite seul son appartement à Saint-Pétersbourg ; du coup, cet appartement est devenu une espèce de centre informel des antifas de la ville. Le 3 novembre, Philippe s’est absenté de son appartement pour participer à la réunion de préparation d’une nouvelle contre-action à la Marche russe 2010. Le mot d’ordre de cette mobilisation antifasciste devait être « Défendons notre ville contre le fascisme » ; cette mobilisation s’organisait conjointement avec le Conseil des droits de l’homme de Saint-Pétersbourg, l’Union de la Jeunesse social-démocrate, Iabloko de Saint-Pétersbourg et d’autres organisations. C’est à ce moment que son appartement a été littéralement attaqué par des gens en civils. Ce n’est probablement pas une coïncidence que cette attaque ait eu lieu la veille d’une action dont Philippe était l’un des organisateurs. Le 3 novembre à 7h du soir, la porte métallique de son appartement rue Kozlov a été défoncée et même le chambranle a été fracassé. On a retrouvé des débris jusque dans l’escalier. Plusieurs personnes en civil, mais armées, ont déboulé dans l’appartement, sans se présenter ni montrer de documents justificatifs. Un véritable pogrom a commencé dans l’appartement, et selon les témoins, les deux amis de Philippe présents sur les lieux ont été jetés à terre et roués de coups.

Quelque temps après, les flics ayant déjà eu le temps de saisir beaucoup de documents dans l’appartement, le propriétaire des lieux est arrivé en compagnie de quelques personnes qui, elles, n’ont pas été admises dans l’appartement. Philippe a enfin pu obtenir une explication : son appartement avait été perquisitionné par le fameux « centre E », l’unité « anti-extrémisme » spécialisée dans la lutte contre l’extrême droite, l’extrême gauche et en général tous ceux qui sortent du cadre politique classique de la Russie de Poutine. Les amis restés dehors ont pu prévenir les défenseurs des droits de l’homme ; un avocat du barreau international muni d’un mandat s’est rendu sur les lieux, mais il n’a pas eu le droit de pénétrer dans l’appartement. La perquisition a duré plus de cinq heures

La photo des lieux et la vidéo tournée sur le palier qui montrent comment les amis de Philippe et l’avocat du barreau international n’ont pas pu entrer dans l’appartement sont disponibles à l’adresse suivante :

<http://plucer.livejournal.com/315217.html>

Deux amis de Philippe, Renat Sultanov et Artiom Manouilov, brutalement frappés auparavant, étaient allongés par terre, visage au sol, les mains sur la tête. Plus tard, Artiom et Renat ont été emmenés au commissariat. Artiom a été libéré le lendemain, le 4 novembre, et Renat a été informé qu’une affaire criminelle était ouverte contre lui, selon l’article 111 du code pénal : dommages corporels prémédités particulièrement graves. Une enquête pénale est en cours.

Lors des perquisitions, beaucoup de documents papiers ont été confisqués, principalement des documents à caractère antifasciste et anarchiste. L’appartement avait été utilisé par beaucoup d’amis de Philippe, et beaucoup d’appareils appartenant à diverses personnes, certaines non présentes sur les lieux au moment des événements, ont été embarqués : six ordinateurs, des caméras vidéos avec des cassettes comportant déjà des films, des sacs avec des affaires personnelles… Tout ce qui est resté dans l’appartement a été brisé et renversé, la porte et une partie du mur défoncées.

Lors d’une interview, Philippe a précisé que le matin, alors qu’il sortait avec ses amis de la maison, ils avaient remarqué dans l’entrée de l’immeuble les agents du « Centre E ». Ils étaient en civil, mais tout de même reconnaissables car ce sont les mêmes qui sont souvent présents lors des mobilisations antifascistes, de l’opposition ou des défenseurs des droits de l’homme, ou lors des interrogatoires des gens arrêtés pendant les actions. Ils leur ont demandé leurs papiers d’identité, qui étaient en règle, et ont joué de la carotte et du bâton, tantôt proférant des menaces, tantôt promettant la tranquillité en cas de bonne conduite. Il y avait beaucoup de témoins, et les agents du Centre E les ont finalement laissés partir.

Quand Philippe et ses amis sont partis, les agents du Centre E ont commencé à frapper à la porte après avoir scotché l’œilleton de l’appartement. Ils ont essayé de forcer la porte avec un passe-partout, puis ils ont coupé l’électricité dans l’appartement. Plusieurs voitures se sont garées à côté de l’immeuble et beaucoup de gens se « promenaient » autour. Les amis restés dans l’appartement ont averti Philippe par portable, et ce dernier a quitté la réunion où il se trouvait pour revenir chez lui avec des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme. Comme Philippe approchait de chez lui, ses amis ont appelé : « Dépêche-toi ! Ils sont en train de scier la porte ! » L’escalier sentait le brûlé et le métal fondu. Ils ont dû enjamber la grille d’accès à l’étage, jetée dans l’escalier, et les débris de la porte et du chambranle. Des agents en civil se sont assez violemment interposés, refusant de laisser entrer quiconque, sauf Philippe, qui a déclaré être le propriétaire des lieux. Il a avoué s’être trouvé en état de choc : ses amis étaient au sol, face contre terre, et de toutes les étagères volaient les objets, la vaisselle brisée, les disques, les livres et les vêtements éparpillés dans tous les sens. Le mandat des policiers, curieusement, ne mentionnait que l’adresse de l’appartement, et non le nom de son propriétaire.

Quand Philippe est entré, la deuxième porte a été fermée derrière lui, maintenue par une chaise. Un des enquêteurs, prénommé Vassili, disait : « Dans cet appartement habitent et se réunissent des anarchistes. Ils attaquent les gens à coup de couteaux… Surveille-toi, ça va te mener très loin. Il y a un parc à côté, un jour on y retrouvera ton cadavre, si on ne t’enferme pas avant. » Il a même ajouté : « Pars de ce pays s’il ne te plaît pas »… Entre temps, les amis, les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes se sont réunis dans les escaliers. Ils ont réussi à y rétablir l’électricité. Six heures après le début de la perquisition, les agents, les « E-shniki » ont pris peur. Ils ont commencé à appeler des renforts par peur d’une éventuelle attaque menée par les amis rassemblés dans l’escalier. Ils avaient même peur de sortir de l’appartement alors qu’ils étaient eux-mêmes nombreux, armés et de bonne carrure. Ce n’est que vers deux heures du matin qu’ils ont mis les ordinateurs, plein de livres, des pancartes, des banderoles, des disques, des téléphones et même des vêtements dans des sacs ; ils ont embarqué Sultanov et Manouïlov et, entourés par les flics appelés en renfort, ont commencé à descendre en cachant les objectifs de caméras vidéos du groupe de soutien. Ils ont dû utiliser quatre voitures pour embarquer tout et tout le monde.

Le 10 novembre 2010, à Novossibirsk, la police a également mené une perquisition chez Mikhaïl Piskounov, l’organisateur d’une projection du film Aimez-moi s’il vous plaît sur la vie d’Anastasia Babourova. Le 9 novembre, jour de la projection, les spectateurs ont été attaqués par un groupe de gens qui criaient : « Qui est contre le fascisme par ici ? ». Soupçonné d’appartenir à la mouvance « antifasciste radicale », Piskounov a vu son ordinateur ainsi que de la littérature antifasciste saisis.

Plus tard, le vice-dirigeant du « Centre E » de la police de la province de Novossibirsk, Pavel Zolotouhine, a déclaré que selon une des versions étudiées, l’attaque du 9 novembre a été mise en scène par les victimes de l’attaque. Il a précisé entre autres que les « armes traumatiques » utilisées lors de l’attaque n’étaient pas caractéristiques des néonazis.

NB : Le 9 novembre n’a probablement pas été choisi au hasard pour la projection…

La vidéo de l’action

Aujourd’hui, dimanche 14 novembre, malgré l’hostilité et l’agressivité de la sécurité du plus grand et du plus célèbre musée de Paris, nous avons ajouté symboliquement une œuvre à l’exposition que le Louvre propose dans le cadre de l’année croisée France-Russie. Nous sommes intervenus au Louvre pour manifester notre solidarité à Alexeï Gaskarov et Maxim Solopov, deux militants antifascistes qui ont été emprisonnés pour leur seul engagement politique, et pour montrer notre soutien aux citoyens et aux journalistes russes qui s’opposent à leur gouvernement.

Nous avons déployé un tableau intitulé La Bataille de Khimki, où figurait la foule des opposants massée devant la mairie de Khimki, elle-même ceinte de l’autoroute que révélait peu à peu un bulldozer, marqué du logo de Vinci et conduit par Vladimir Poutine. Un groupe de néonazis était posté à droite du tableau, rappelant l’utilisation qu’en a faite l’entreprise chargée de l’abattage des arbres de la forêt et la complaisance du gouvernement russe à l’égard de l’extrême droite. Les journalistes étaient présents dans la foule des opposants, portant les marques des agressions que plusieurs d’entre eux ont subies sans que leurs agresseurs soient jamais inquiétés. Quant aux deux militants antifascistes, ils ont été symboliquement recouverts de barreaux qui rappelaient à la fois les deux mois de détention préventive qu’ils ont dû endurer et le risque qu’ils courent d’aller en prison pour sept ans, au terme de leurs procès qui doivent s’ouvrir prochainement.

Le gouvernement français et l’industrie française collaborent avec un gouvernement totalitaire en Russie, qui bâillonne, emprisonne et assassine ceux et celles qui, pour défendre leurs idées antifascistes et écologistes, refusent d’accepter sa politique. Face à cela, nous réclamons l’abandon complet et définitif du projet d’autoroute à Khimki et exigeons l’arrêt des poursuites contre Maxim et Alexeï.

La vidéo de l’action

Le vendredi 22 octobre 2010, Alexeï Gaskarov a été remis en liberté : au tribunal de Khimki, la juge Svetlana Galanova a pris la décision de libérer Alexeï sans prendre en compte la requête de l’accusation qui voulait le voir rester en détention préventive. Alexeï a réagi en disant qu’il ne s’attendait pas à une telle décision parce qu’il n’avait pas confiance dans le système judiciaire russe.

L’accusation n’a pas présenté de nouveaux arguments pour étayer sa demande de maintien en détention, si ce n’est un rapport du FSB. Selon ce rapport, Alexeï Gaskarov est membre de l’Antifa AJI (apparemment Association de Jeunesse Informelle) depuis 2007 ; il entretient de nombreux contacts, y compris au niveau international, ce que viennent corroborer ses nombreux voyages à l’étranger ; il a participé et organisé des actions de protestation non autorisées ; et il a été arrêté la dernière fois le 20 mars 2010, au cours de la Journée de la Colère.

Dans son témoignage, Alexeï a déclaré que l’antifascisme n’était pas un crime, et que son opinion antifasciste ne pouvait justifier qu’il soit arrêté. Quant à ses voyages à l’étranger, ils ne regardaient que lui. Il a ensuite expliqué à la cour qu’il était présent le 20 mars à la Journée de la Colère en tant que correspondant de l’Institut pour l’Action Collective (IKD) et qu’après son arrestation, il avait été relaxé de toutes les charges. C’est à nouveau en tant que correspondant de l’IKD qu’il s’était rendu à Khimki le 28 juillet, ce qu’a confirmé une lettre des directeurs de l’Institut.

Lev Ponomaryov, militant des droits de l’homme, qui était à l’audition en tant que conseiller de la défense, a également exprimé son étonnement de voir l’accusation faire des idéaux antifascistes un trait de caractère négatif alors qu’en réalité, la société devrait être fière de ces personnes-là parce qu’elles la protègent du fascisme. Selon Ponomaryov, c’est une bonne chose qu’il y ait des gens qui soient fermes dans leurs positions.

La cour a écouté le témoignage d’Andrei Demidov, le directeur de l’IKD : il a confimé qu’Alexeï avait été envoyé à Khimki en tant que correspondant de l’Institut. Quant à Semionovsky, l’avocat d’Alexeï, il a rappelé que cinq citoyens respectables (Lev Ponomaryov, président de l’organisation Pour les droits de l’homme, Sergueï Kovalyov et Liudmila Alexeeva, militants des droits de l’homme, Ilya Ponomaryov et Oleg Shein, députés à la Douma) s’étaient engagés en faveur de son client.

Le 18 octobre, le tribunal de la ville de Khimki avait ordonné la libération de Maxim Solopov. Comme Alexeï Gaskarov, Maxim Solopov avait été accusé de hooliganisme pour sa participation présumée à l’action de protestation qui avait eu lieu devant la mairie de Khimki au mois de juillet.

Tous ceux et toutes celles qui ont fait campagne pour la libération des otages de Khimki se réjouissent avec Maxim Solopov et Alexeï Gaskarov pour leur remise en liberté ; néanmoins, ils/elles savent qu’ils/elles n’ont pas atteint tous leurs objectifs et ont bien l’intention de continuer à se battre jusqu’à ce que toutes les accusations contre eux soient abandonnées.

Aujourd’hui, lundi 18 octobre, Maxim Solopov a été remis en liberté, conformément à la décision du tribunal de la région de Moscou. En échange d’une assurance écrite stipulant qu’il ne quitterait pas la ville, Maxim a été remis en liberté après une audience à Khimki : de 11h à 16h, le tribunal de Khimki a statué sur la remise en liberté de Maxim. Il aura fallu cinq heures à la juge Svetlana Galanova, dont trois heures de délibéré, pour accepter la décision prise par le tribunal de la région de Moscou.

Maxim a donc été remis en liberté en échange des garanties qu’il avait données lors de la précédente audience (dont celles de Lev Ponomaryov, président du mouvement pour les droits de l’homme, et Yekaterina Di Santo, professeure à l’université où étudie Maxim). Ces derniers étaient présents à l’audience, et Yekaterina Di Santo a témoigné devant la cour qu’il fallait relâcher Maxim pour qu’il puisse continuer ses études et travailler dans la recherche. Elle a dit au tribunal que Maxim est « quelqu’un de très doué, un bon étudiant et [qu’elle était] heureuse qu’en plus de tout cela, il soit aussi un antifasciste. »

Les arguments de l’accusation et du procureur étaient les mêmes qu’à la dernière audience, et donc invalides à ce titre. Les seules nouveautés, évoquées par un enquêteur, Yermilov, étaient les déclarations  d’un témoin qui aurait incriminé Maxim, des photos qui montrent une personne masquée de noir qui serait soi-disant Maxim et un document fourni par le Service Fédéral de Sécurité (FSB, successeur du KGB), selon lequel Maxim aurait été arrêté plusieurs fois au cours de manifestations « illégales ». Lorsqu’on a demandé à Yermilov comment il reconnaissait Maxim sur les photos, il n’a pu fournir aucune preuve.

Maxim a pris la parole devant le tribunal et a demandé que son propre témoignage soit pris en compte par les juges, y compris sa déclaration sur « le manque de professionnalisme des forces de l’ordre qui l’ont pris en otage ».

Les témoignages fournis par les enquêteurs ont été démontés par la défense : Lev Ponomaryov a d’ailleurs rappelé que ce genre d’audience devait se prononcer non pas sur la culpabilité de Maxim, mais seulement sur la façon de le garder à la disposition de la justice. Il a ajouté que la Procurature était en train de vérifier la légalité des auditions qui ont eu lieu hors de la présence de l’avocat de Maxim (auditions au cours desquelles de multiples pressions ont été exercées sur lui, d’ailleurs).

La cour a pris en considération les arguments de la défense et a décidé de libérer Maxim Solopov. « C’est tout ce qui s’est passé ces derniers temps qui a été pris en considération. Aussi bien le soutien très large que les garanties données à la cour ont été pris en compte. La libération de Maxim est le résultat de tout ce que nous avons mis en œuvre. », a déclaré Lev Ponomaryov après l’audience.

Ce qu’il évoque, ce sont bien sûr  les journées d’action internationales initiées par la Campagne pour la Libération des Otages de Khimki, au cours desquelles des gens se sont mobilisés dans 35 villes de 12 pays différents. Le tribunal de la ville de Khimki, de même que d’autres institutions administratives russes, ont également reçu des centaines de lettres de protestation en provenance du monde entier.

Le 15 octobre dernier, le tribunal de la région de Moscou a également annulé la précédente décision du tribunal de la ville de Khimki au sujet du maintien en détention d’Alexeï Gaskarov. Dans son cas, il y aura une nouvelle audience au tribunal de Khimki le mercredi 27 octobre 2010.

Pour autant, les charges ne sont pas abandonnées, ni contre Maxim ni contre Alexeï qui n’est pas encore sorti de prison. Pour nous, antifascistes, il reste encore beaucoup à faire…

Le 27 et 28 septembre 2010, des nouvelles sessions ont été tenues au tribunal de Khimki où a été traitée la question de la libération d’Alexeï Gaskarov et Maxim Solopov arrêtés le 28 juillet 2010. Fermant les yeux  sur l’absence des preuves, tournant le dos  au large soutien public et international aux détenus, que l’accusation qualifie de « pression sur le tribunal », les juges de Khimki ont prolongé la détention des deux militants pour deux autres mois. Afin de laisser les otages en prison, les juges ont violé la présomption d’innocence tandis que l’enquête obtenait, sous la contrainte, des témoignages  de la part de centaines personnes interpellées et persécutées. Cependant, il n’est pas si facile de transformer les deux militants innocents en « organisateurs criminels ». Il est impossible de couvrir la destruction illégale de la forêt et la répression exercée contre ses défenseurs par des manigances de la fausse justice. L’injustice de la décision de prolonger la détention est évidente. L’illégalité de l’affaire saute aux yeux des moins attentifs. Le 8 octobre 2010, le tribunal régional de Moscou a confirmé l’illégalité de la prolongation de la détention de Maxim Solopov. D’ici le 20 octobre, le tribunal de la ville de Khimki doit réexaminer la question de sa détention pour la période de l’enquête. Le 15 octobre 2010, le tribunal régional de Moscou a examiné la prolongation de la détention d’Alexeï Gaskarov et s’est également prononcé  contre sa détention illégale. Cela ne signifie pas pour autant la fin de l’affaire pénale contre les deux militants. Les juges de Khimki ont montré, à deux reprises, que nous ne devions pas compter sur leur dévouement à la loi et au bon sens.

La décision du tribunal de grande instance n’est pas la fin de la bataille, mais un signal pour mettre en place d’autres actions de solidarité. Afin de faire valoir la décision de la véritable justice, il est nécessaire de poursuivre nos actions, de manière déterminée. Exigeons la clôture de l’affaire contre Alexeï et Maxim et le retrait des fausses accusations ! Notre inaction signifierait une acceptation tacite des abus perpétrés par la police et par les juges.

Comment exprimer sa solidarité avec les deux antifascistes emprisonnés :

1. Organisez, durant les journées de solidarité, du 12 au 15 novembre 2010, des actions spectaculaires en vous réappropriant des événements politiques et culturels menés par les autorités russes, manifestez devant les ambassades et consulats de la Fédération de Russie, exigez des rencontres avec des représentants officiels et leur transmettez vos pétitions.

2. Envoyez vos fax au Tribunal de la ville de Khimki (+7-495-572-83-14), au Parquet de la région de Moscou (+7-495-621-50-06) et au Président de la Russie (+7-495-606-24-64) en exigeant la clôture de l’affaire et le retrait de toutes les accusations portées contre Alexeï Gaskarov et Maxim Solopov.

3. Continuez à envoyer vos courriers électroniques aux organisations internationales : Conseil de l’Europe, Parlement Européen, l’ONU et d’autres structures dont vous trouverez les adresses sur le site khimkibattle.org.

4. Organisez des publications, dans les médias nationaux, locaux et militants sur les otages de Khimki afin d’informer l’opinion publique de la menace qui pèse sur les militants en Russie. Invitez les gens à participer aux actions de solidarité avec Alexeï et Maxim et à exiger la clôture de l’affaire fabriquée contre eux.

En France, nous avons réussi jusqu’à présent à nous mobiliser à Paris en suivant les propositions formulées par le comité de soutien ; par le biais de ce site d’informations, nous avons relayé l’information en provenance de Russie, et avons fait connaître nos actions là-bas, où elles ont rencontré un accueil enthousiaste. Soyons donc au rendez-vous du 12 au 15 novembre, à Paris et ailleurs, partout où nous trouverons des représentations politiques, économiques ou culturelles russes mais aussi là où sont les partenaires économiques de ce projet d’autoroute anti-écologique, ceux-là même qui souhaitent reprendre le projet gelé pour l’instant par Medvedev!

Si vous faites une action, quelle qu’elle soit, diffusez l’information! Soit en envoyant les informations au site khimkibattle (info@khimkibattle.org), soit en nous les envoyant: nous ferons suivre sans faute et publierons  au fur et à mesure.

Le 15 octobre, le tribunal de la région de Moscou a annulé la décision de prolonger la détention d’Alekseï Gaskarov et a renvoyé l’affaire au tribunal de la ville de Khimki qui doit la réexaminer avant le 27 octobre. Pendant ce délai Alexeï restera en prison. Le 8 octobre, le tribunal de la région de Moscou a statué de façon analogue sur le deuxième prévenu en cause, Maxime Solopov. Son affaire sera réexaminée par le tribunal de la ville de Khimki demain, le 18 octobre. Lui aussi, il reste en prison. Il faut noter que la décision de prolonger la détention des personnes mises en examen une fois annulée, ces personnes doivent être mises en liberté. Ainsi, le fait qu’Alekseï et Maxime soient toujours en prison, est une violation de la loi.

Source http://khimkibattle.org/

Bonjour, Monsieur le Président.
Mon nom est Gaskarova Irina Konstantinovna. J’ai 43 ans. J’habite la ville de Joukovski dans la banlieue de Moscou. Jusqu’à récemment, ma vie était assez normale : le train-train quotidien, travail, projets… Mais, d’un seul coup, tout l’univers autour de moi a commencé littéralement à s’effondrer : cela est arrivé le 30 juillet 2010 lorsque j’ai appris que mon fils Alekseï Gaskarov était placé en garde à vue puis arrêté, soupçonné d’agression contre l’administration de la ville de Khimki. J’aimerais préciser que j’étais assez éloignée de la politique. Je ne suis membre d’aucun parti et je ne participe à aucun mouvement, mais après ce qui s’est passé, j’ai dû revoir mon point de vue et redescendre sur terre. C’était une catastrophe complète. Il s’avère qu’il n’existe dans notre pays aucune loi, ni équité, ni justice, ni même humanité. Ou bien ils existent mais pas pour tout le monde.

Mais je vais tout raconter dans l’ordre. Bien sûr, je ne peux pas savoir ce qu’on vous a dit sur les événements à Khimki, mais permettez-moi de laissez exprimer mon avis impartial, de l’extérieur. Avant tout ce qui s’est passé, je n’avais qu’une idée très générale sur la lutte à Khimki. Cependant, après avoir étudié ce sujet, j’ai abouti à la conclusion suivante : une attaque contre l’administration de Khimki n’est pas le fait arrogant d’une poignée de « soi-disant défenseurs de la forêt de Khimki », hooligans, intimidateurs, voyous (comme cela a été annoncé dans plusieurs médias) – elle est résultat des activités de cette administration elle-même.

Adjoint du maire de Khimki sur les questions générales, y compris sur la culture et la politique de la jeunesse, Mr. Khomoutov a déclaré, en s’adressant à tout le pays, qu’une galerie d’art a été attaquée. Selon lui, cette galerie est « en fait le seul berceau culturel de la ville ». Or, c’est bizarre pour une ville de plus de 200 000 habitants. Dans notre ville de Joukovski, nous avons deux fois moins d’habitants mais des «berceaux culturels» sont considérablement plus nombreux. Le 28 juillet 2010, le gouvernement de la région de Moscou s’est immédiatement indigné tandis qu’il a gardé le silence durant presque six ans, même durant les trois dernières années où la confrontation au sujet de la forêt de Khimki a atteint le point d’ébullition. Pourquoi personne ne déclare rien à ce sujet aujourd’hui ? Pourquoi aujourd’hui personne n’appelle à la responsabilité des bureaucrates de Khimki ? En fait, eux, depuis le début de l’approbation du projet de construction de l’autoroute Moscou – Saint-Pétersbourg – encore en 2004-2005 – ont jugé inutile de transmettre aux habitants de leurs circonscriptions les grandes lignes du projet : comment sera effectuée la construction, les raisons pour lesquelles le projet a été changé ; pourquoi, en 2007, l’autoroute, « s’est soudainement perdue» dans le parc naturel de Khimki. Les autorités locales auraient pu tout simplement accepter un dialogue avec les écologistes, avec le public. Lire phonétiquement
Au lieu de cela on n’a que des décisions à huis clos, intimidations allant jusqu’aux menaces d’une destruction physique, gardes à vue sans fin, lancement de la police anti-émeute contre les miséreux écologistes et les habitants locaux qui sont contre l’abattage de la forêt, et au final – l’attaque des néo-fascistes. Comment ceux-ci sont apparus là ? Comment le maire de la ville de Khimki Streltchenko V.V., officier de l’armée soviétique, par la suite – de l’armée russe, aurait pu en arriver là ? Je ne croirai jamais que quelqu’un a osé «les» «inviter» pour les actions d’intimidation, sans qu’il en est connaissance, sinon la police ne serait pas restée debout tranquillement à côté en regardant tout ce qui se passe. Ou à la guerre tous les moyens sont bons ? Avec qui se bat-il ? D’autant plus que personne ne s’oppose au projet de la route, les gens veulent simplement garder la forêt et ne veulent pas vivre dans une jungle bétonnée. Surtout que, après cet été dernier «brûlant», abattre les forêts, ou même couper un arbre est devenu blasphème.

Tout à fait par hasard, je suis tombée sur l’information que, déjà en avril 2008, des chercheurs de pointe de l’Institut de recherche du Ministère des affaires intérieurs avaient déclaré qu’en Russie il y avait une situation révolutionnaire et que l’extrémisme est, dans cette situation, le plus grand risque ; que, parfois, les autorités elles-mêmes par leurs actions favorisent facilement l’extrémisme. Voici une question : lorsque les organismes gouvernementaux deviennent de connivence avec les nationalistes afin que ceux-ci fassent taire les écologistes ayant lassé les autorités, puis en retour, ils reçoivent, de la part des antifascistes, le pogrom de l’administration – qui est extrémiste dans cette situation ? Alors, pourquoi le gouvernement de la région de Moscou n’a pas été perturbé plus tôt par les méthodes de l’administration de Khimki ? Pourquoi il n’exige pas de donner une appréciation juridique de ces méthodes ?

Le plus écœurant c’est qu’il ne s’agit même plus simplement de la forêt. En effet, dès qu’un programme fédéral quelconque est conçu et mis en œuvre – au début, avec les meilleures intentions pour améliorer la vie des gens – à ce moment-là, au lieu de commencer à travailler, les bureaucrates de tous les niveaux sur place commencent à « calculer » combien eux, personnellement avec tous leurs proches, pourraient gagner sur cette affaire, mettant ainsi à néant tous les bons débuts, et en déclarant par la suite : « mais nous n’avons rien à voir avec cela, le programme est bien fédéral ». Ce sont ces bureaucrates qui, de plein droit, « représentent » le gouvernement fédéral et mettent toute la faute sur lui, et en fin de compte, sur vous. J’aimerais croire que ce n’est pas partout le cas, mais il est difficile d’y croire. A Khimki, l’administration se comporte exactement de cette manière-là : s’il arrive quelque chose, ils y sont tout de suite pour rien. C’est le maire de la ville de Khimki et le gouverneur de la région de Moscou qui sont, à mon avis, entièrement responsables de tout ce qui se passe sur leur territoire, et s’ils n’ont pas été capables, durant les trois dernières années, de régler cette situation, d’atténuer le conflit, avant qu’il ne devienne connu au niveau mondial – alors, mes chers camarades laissez vos fauteuils libres, et trouvez-vous une autre occupation.

Et maintenant, suit la chose la plus importante pour moi et ma famille. Mon fils Alekseï Gaskarov est simplement un jeune homme très sympathique. J’ai toujours été fière de lui, et maintenant je suis encore plus fière quand je vois combien de personnes sont outrées par ce qui s’est passé avec lui et le soutiennent dans cette situation. Il a terminé son école d’enseignement général avec une médaille d’argent, ensuite il a terminé l’Académie des finances près du gouvernement de la Fédération de Russie. Il pratique du sport. Contrairement à moi, il avait toujours un vif intérêt pour les processus en cours dans notre pays. Il est actuellement collaborateur et journaliste du site «Institut de l’action collective ». Pendant ses études à l’académie, il s’est formé sa propre position civile déterminée. On ne peut pas dire qu’Alekseï est seulement antifasciste, ou seulement un anarchiste. Il est activement impliqué dans les mouvements écologistes, surveille les processus qui se produisent dans l’économie. Il est intéressé aux problèmes de logement et des services communaux. Quand il avait 20 ans, les participants de notre coopérative de construction de logements l’ont choisi en tant que membre du conseil d’administration, ce qui est parlant parce que l’écrasante majorité des habitants ne sont pas jeunes, ce sont des gens avec beaucoup d’expériences dans divers domaines, et ils lui font confiance. Bref, il n’est pas possible de décrire toute l’étendue de ses intérêts dans une seule lettre. Il s’est beaucoup et ouvertement exprimé dans la presse, sur la radio et à la télévision tentant de faire connaître l’essence de leur mouvement au large public. S’il y a eu des actions il disait clairement ce qu’ils voulaient obtenir, pourquoi ces actions ont été mises en place, mais il n’a jamais appelé à des pogroms ou révolutions, ce n’est pas sa méthode. Je dis cela non pas parce que je suis sa mère, beaucoup de personnes peuvent confirmer que c’est un homme adéquat et calme.

Alors qu’est-ce qu’on a après les événements de Khimki ? Les organes du Ministère des affaires intérieures se sont précipitées de déclarer qu’ « ils ont trouvé et arrêté deux personnes soupçonnées d’avoir organisé l’attaque contre l’administration de Khimki ». Certes, ils les ont arrêtés, mais sans aucune preuve. Ils ont simplement parcouru la liste des militants connus de différents mouvements de jeunes, et ont convoqués certaines personnes, juste pour une « discussion ». Des militants, qui y sont allés, ont été arrêtés. Cela aurait pu être d’autres personnes. Les noms auraient pu être différents mais le fond de l’affaire serait resté le même.

Probablement, déjà tout le monde a vu les vidéos de l’événement à la télévision et sur internet. Le nombre de participants à l’action était nettement supérieur à deux, certains d’entre eux étaient sans masques. J’ai regardé toutes ces vidéos plusieurs dizaines de fois : il n’y avait nulle part mon fils, même dans les alentours. Ce fait n’est même pas pris en compte dans l’enquête. Le second fait, lequel même les enquêteurs eux-mêmes admettent c’est que, jusqu’à présent, aucun des participants vraiment actifs des événements devant l’administration de Khimki n’est arrêté, même leurs identités n’ont pas été établies. À ce jour, plus de 100 personnes, en lien avec cette affaire, ont déjà été interrogées, mais, à part un ou trois témoignages, les chiffres et les données avancées par les témoins, enquêteurs et juges se contredisent constamment. Aucun témoin participant à cette affaire depuis le début n’indique directement qu’Alekseï a fait quelque chose devant le bâtiment de l’administration de Khimki. Si mon fils n’avait pas dit lui-même avoir été là-bas en tant que journaliste, il aurait été extrêmement difficile, pour les enquêteurs, de prouver le fait de sa présence et encore moins – de sa participation dans l’événement. Mais malgré tout cela, il a déjà passé deux mois en prison.

Hier, le 27 septembre, a eu lieu, déjà pour la cinquième fois consécutive, le tribunal pour choisir une mesure préventive pour Alekseï. Encore une fois, tous les arguments de la défense y ont été ignorés, le juge y a simplement lu la décision de prolonger la détention de deux mois en plus. Il est évident que cette décision a été préparée à l’avance parce que pendant les 10 minutes de pause il est physiquement impossible d’avoir préparé le texte qui a, ensuite, été a lu (le juge aurait pu au moins faire une plus grande pause pour être plus plausible).

Dmitry Anatolievitch, je sais que vous ne pouvez d’aucune façon influer sur les décisions judiciaires et intervenir dans l’enquête sur cette affaire, mais j’aimerais juste comprendre ce qui se passe. J’entends constamment de tout le monde le discours suivant : oui, on comprend tout, mais on ne peut rien faire car cette affaire est politique, elle est initiée à un tel niveau que je ne pourrais même pas l’imaginer. Mais j’espère que vous et Vladimir Vladimirovitch [Poutin, NdT] êtes tout à fait capables de m’aider, je ne pense pas que vous êtes personnellement intéressés au fait que mon fils soit enfermé en prison. N’est-ce pas ? Encore quelqu’un triche derrière votre dos ? Qui sont ces personnages inconnus qui contrôlent tout, dans l’intérêt desquels toutes les normes du droit sont bafouées et tous ces outrages ont lieu ?

Ne comprennent-ils pas que, avec de telles méthodes, ils ne font que tuer les miettes de crédibilité qui demeurent encore dans la société envers les autorités ? Peut-être que ce sont les bureaucrates de police qui ont eu peur de perdre leurs grades et leurs postes après l’échec complet des organes du Ministère des affaires intérieures à Khimki ? Les forces policières se trouvent aujourd’hui en excès autours des palais de justice lorsqu’il y a des réunions concernant l’affaire d’Alekseï et Maxime. Mais où était toute cette police avec tous ses équipements spéciaux le 28 juillet 2010 ? Ce n’est pas vrai que l’action des jeunes a été trop rapide, et que, par conséquent, la police n’a pas eu le temps de réagir. De la gare de Khimki jusqu’au bâtiment administratif, il faut sept-dix minutes de marche à pied, à un rythme normal. A en juger par la vidéo sur internet, personne n’a couru, c’est-à-dire qu’une foule de 300-400 personnes aurait pu aller en au moins 15 minutes sur le lieu d’action et retourner en 15 minutes à la gare. En plus, l’action elle-même devant le bâtiment d’administration a duré 10-15 minutes. Alors combien de temps faut-il à la police pour réagir ? Il vaut mieux peut être la prévenir toujours à l’avance : comme ça elle sera toujours « au top » ? En outre, on voit bien sur la vidéo que la seule voiture de police s’en va « à toute vitesse ». Les événements au festival de rock Tornado dans la région de Tcheliabinsk font peur du simple fait que dans les lieux où doit être la police, elle ne l’est pas.

Les policiers de Khimki et, ensuite, ceux de la banlieue de Moscou, « se sont plantés » au moins deux fois : d’abord ils ont laissé à l’abandon leur administration, puis ils ont arrêté des personnes innocentes… Aujourd’hui, la police ne sait comment bien s’en sortir : peut être, incriminer aux jeunes les émeutes, l’extrémisme ou quelque chose d’autre, tout ce qu’on peut imaginer… Ou, peut-être, cette affaire pourrait faire peur à tout le monde ? Arrêter deux personnes afin que d’autres ne pensent même plus participer à quelque chose est totalement absurde. La jeunesse est de tout temps la catégorie la plus sensible à tous les processus qui ont lieu dans la société, elle proteste toujours, elle ne peut pas être intimidée. Et si les jeunes gens comme mon fils sont systématiquement mis en prison, avec qui restons-nous ? Peut-être, en maintenant Alekseï et Maxime en détention, l’enquête espère que les organisateurs et participants actifs à l’action de Khimki, voyant que des personnes innocentes sont arrêtées, viendront se livrer eux-mêmes, ou bien que les arrêtés vont un jour craquer et reconnaîtront tout leurs « péchés mortels ». Cette dernière version est bien probable car on me refuse un rendez-vous avec mon fils sous prétexte que « Alekseï n’a pas reconnu sa culpabilité » et on nous a privés du droit de correspondance. En bref, j’ai beaucoup de questions, mais aucune réponse.

Dmitry Anatolievitch, si mon fils était coupable de la moindre chose, je n’écrirais jamais aucune lettre. Il s’avère que vous seul pouvez me redonner ma foi dans l’équité, me faire croire que dans notre pays il existe la justice et que les lois sont respectées. Soit l’enquête sur l’attaque contre l’administration de Khimki se déroule comme il se doit, et non comme quelqu’un le veut. Si les gens qui s’en occupent actuellement ne veulent ou ne peuvent le faire pour une raison quelconque, que ce soit d’autres qui le fassent, ceux qui peuvent et veulent. Car, en gros, l’organisateur est connu – c’est l’administration de Khimki, inutile de chercher ailleurs des boucs émissaires.

Respectueusement.

Irina Gaskarova.